A la première évaluation, il présente une dépression anxieuse assez sévère qui va nécessiter des antidépresseurs. Il souffre d’une tristesse importante, fait de forte crises d’angoisse, dort très mal ne parvient pas à se concentrer, ni à travailler, il a des idées suicidaires.

Trois mois plus tard quand son humeur s’est améliorée, par le traitement, et la mise en congé de longue maladie, j’évalue pour la première fois les conséquences des traumas. Globalement le score à l’échelle IES-R est élevé à 49, traduisant un état de stress post—traumatique bien actuel. Il rapporte des flash-back du viol par son frère quand il a un rapport sexuel avec une femme. Il évite les relations sexuelles sources d’angoisse. Quand il évoque ses traumatismes, il est bouleversé, avec des sensations de nausée.

Au cours du suivi, son amie va le quitter, pour un autre homme, en essayant de le faire emprunter de l’argent pour l’aider elle alors qu’il est déjà surendetté. Sa dépression s’aggrave à nouveau, il a des idées suicidaires, malgré un traitement par SEROPLEX au maximum à 20 mg depuis 2 mois.

Je suis réticent à lui proposer un traitement par des séances de double-dissociation de PNL, car j’ai peur de l’aggraver, en ouvrant une boite de Pandore. Vu ses difficultés à s’exprimer, j’ai la crainte qu’il ne rentre pas dans la démarche. Je crois aussi que la nature des traumas m’effraie, que j’aimerais éviter de communiquer avec un autre être humain sur de telles douleurs. Le patient part dans le Sud de la France chez des amis intimes et fidèles, un couple Céline et Daniel, il est réconforté pendant quinze jours chez eux reçoit de l’affection et du soutien. Une scène chaleureuse de ces moments servira d’ancrage positif pour aborder les séances sur ses traumas. Comme il est très demandeur d’être soulagé d’une partie du poids de ses traumas, j’accepte. Suivant les conseils de Richard Gray chercheur New-Yorkais sur le traitement de l’état de stress post-traumatique par la PNL, je choisis de traiter les deux pires situations de ses traumas. La tentative de noyade et le premier viol, il y a en avait potentiellement des dizaines d’autres. Nous commençons un mois après le départ de sa dernière compagne. La première séance porte sur la  tentative de noyade par sa mère dans la baignoire de leur logement. L’ancrage est sur sa main, une accolade à trois avec Céline et Daniel, tous les trois se tiennent dans les bras, dans un moment de tendresse, ils ont exprimé leur affection à Aymeric. La scène travaillée s’arrêtera quand sa grande sœur entre dans la salle de bain et aussitôt sa mère le lâche et le laisse respirer, sa sœur le console. Dans la première double dissociation, je lui propose que son double dans la salle de cinéma regarde le film du trauma en noir et blanc et avec un écran reculé de lui. Au premier passage il montre peu d’affect sur son visage et dans sa respiration. Quand je lui demande son niveau d’angoisse il me dit 5/10, ce qui m’étonne. Nous répétons deux autres fois le passage de la scène, sans qu’il la regarde, en accélérant par 3 le déroulement du film, puis par 2. Alors il ressent son angoisse à 2/10. Nous finissons par une séance de relaxation par la méthode de Jacobson. La deuxième séance sera proche, le niveau d’angoisse, au premier passage du film est faible 3/10, je remarque juste une légère modification de sa respiration. Nous accélérons ensuite le passage du film par 3, et reculons l’écran de 10mètres plus loin, il ressent alors une angoisse résiduelle à 1/10.Nous finnissons la séquence par un rembobinage sur l’écran après réassociation. puis un Jacobson. Il repart apaisé de la séance. Les deux séances suivantes seront proches, nous finirons par un re-parentage, où Aymeric choisit la présence de Daniel pour le réconforter après la scène traumatique sur l’écran. Nous nous limiterons à 4 séances car après la quatrième, tout semble se dérouler sans angoisse.

Le travail sur le viol de son frère sera beaucoup plus dur et pénible. Nous partirons d’un ancrage identique  au départ, auquel nous allons rajouter, un moment spécial avec une amie qui a été malmenée battue par son mari, Sandrine, Aymeric choisit un moment de complicité, où lui et Sandrine ont de la peine ensemble et se réconfortent de cette peine, avec tendresse et compréhension. Au premier passage du film, Aymeric ne supporte presque rien, le film ne dure qu’une minute, il me précise que son double n’a pas pu le regarder, qu’il regardait en bas mais pas sur l’écran. C’est là que nous rajoutons un deuxième ancrage réconfortant, nous reculons l’écran. Au deuxième passage, le patient est quand même tendu et stressé. Je décide de juste le réassocier et rembobiner. Nous finissons par un Jacobson. J’insiste sur le courage qu’il lui faut pour faire ce travail, et que nous prendrons le temps mais que nous sommes déjà en chemin. La deuxième séance  sera aussi difficile. Nous ré-ancrons les mêmes situations protectrices. Aymeric, fait passer le film du viol en entier, mais sans que son double puisse regarder l’écran. Il y aura une petite crispation sur son visage qui me fera réactiver l’ancre pendant la séquence en touchant fortement sa main et en l’invitant à ressentir l’affection de Céline et Daniel et la compassion partagée avec Sandrine. Je lui propose de repasser le film une deuxième fois en éloignant l’écran en noir et blanc et en passant la vitesse 2 fois plus vite. Le deuxième passage se fait sans réaction émotionnelle négative perceptible. Quand je lui demande d’évaluer son niveau d’angoisse. Il me dit qu’il était à 7/7 la première fois puis à 4/10 la deuxième. Je le fait se réassocier et rembobiner le film à la fin de la s séquence quand le petit Aymeric est sorti dans le couloir pour fuir son frère. Nous rembobinons, puis, faisons une séance de Jacobson.

La troisième séance progressera tout doucement, le double du patient regardera la scène sur l’écran au début puis écartera son regard, mais restera jusqu’à la fin du passage du film. Il estime à 5/10 son angoisse, je perçois une légère crispation des sourcils, à ce moment j’ai appuyé sur sa main et ré-évoqué l’ancrage verbal de Céline et Daniel et de Sandrine qui l’aiment et sont très bienveillants envers lui, qu’il se sent réconforté par cette tendresse. Nous repassons une deuxième fois, je suggère de passer comme la fois d’avant le film 2 fois plus vite en noir et blanc et avec l’écran reculé de 10 mètre de façon à rapetisser l’image de moitié. Là son double parvient à voir le film jusqu’au bout. Il évalue son angoisse à 2/10. Je lui demande de se réassocier au premier Aymeric dans la salle, puis à l’Aymeric de l’écran dans le couloir de 9 ans en sécurité. Il le fait, puis je lui demande de rembobiner le film tout en étant sur l’écran en marche arrière, je compte jusqu’à deux puis fait un bruit de moteur ou d’avion pour qu’il revienne au moment présent. Nous finissons par un Jacobson, je le sens plus détendu que les précédentes séances, j’ai l’impression d’un soulagement en cours. Je me sens moins inquiet vis-à-vis de lui, moins coupable de lui faire subir cela.

La quatrième séance est presque identique à la troisième, sauf que je propose un reparentage, c’est que Daniel et Céline le rejoignent sur l’écran quand il est enfant, lui parlent et le consolent en lui disant ce qu’il a besoin d’entendre pour être réconforté. Il apprécie. La cinquième séance, Aymeric dit se sentir mieux, j’évalue sa dépression qui s’est considérablement ….. est en rémission MADRS à 9, et le stress post-traumatique très soulagé aussi (IES-R à 26). La sexualité avec sa nouvelle amie réactive encore son trauma, par des flashbacks de la scène traumatique (viol du frère), mais il me fait remarquer qu’il ne tremble presque plus à ce moment-là comme avant. Quand je lui demande de parler de sa peur ou de ses gênes, il me confie qu’il a du mal à se mettre dans de rôle de l’homme ayant peur de faire mal à sa partenaire comme son frère lui a fait mal à lui. Je répond en lui parlant du pénis. « Le pénis peut parfois être un mauvais pénis qui fait mal quand on est enfant, quand on n’est pas d’accord avec une sexualité non comprise et non désirée. Mais il y a aussi un bon pénis qui fait du bien avec amour, donne du plaisir, prends soin d’avoir de la douceur, l’accord de la partenaire. Ce bon pénis aide à renforcer l’amour et peut être créateur en donnant des bébés. Ce bon pénis il a le droit de le vivre avec une femme. »

La sixième séance Aymeric dit se sentir beaucoup mieux avec sa fiancée, « Je tremble à peine quand j’ai un rapport. Je n’ai plus peur des femmes. » Je réponds « Parce que vous n’avez plus peur de leur faire du  mal. ». « J ‘ai parlé avec ma fiancée, elle m’a dit que je pouvais lui dire non. (Pour faire l’amour) ».

Nous faisons la séance de PNL, double-ancrage Céline et Daniel, puis Sandrine, le double d’Aymeric de la salle de cinéma visionne le film en noir et blanc accéléré et reculé de 10 mètres. Il va estimer non pas son angoisse mais son confort à 8/10. Nous le repassons à l’identique une deuxième fois. Il ne ressent plus d’angoisse. Je lui propose une deuxième fois que Daniel et Céline rejoignent sur l’écran le jeune Aymeric et le réconfortent, il apprécie. IL se réassocie de toutes les parties de lui-même. Comme il se sent bien, il n’a pas besoin de séance de relaxation. Nous prévoyons qu’il reprenne prochainement son travail à mi-temps dans quelques semaines. Il a eu un petit litige sur les dates avec la secrétaire de son employeur, mais il a tenu sa position avec fermeté, ce qu’il n’aurait pu faire auparavant.

A la fin de cette séance, je me sens troublé, c’est presqu’irréel, de réussir à soulager une situation que pendant trente ans, j’ai considéré comme incurable, intouchable, dans mon ancienne pratique. J’éprouve une joie émue assez profonde, j’ai aussi envie et devoir de partager cette expérience avec d’autres thérapeutes.

Quinze jours après cette dernière séance, Aymeric a repris son travail, il s’y sent mieux qu’avant son arrêt de travail. Je réévalue son état. L’échelle MADRS de dépression est basse à 4. L’échelle IES-R du Stress post-traumatique est tombée à 7. La sexualité lui fait penser un peu à son trauma. Il éprouve encore une gêne mineure lors de la sexualité.

Après les congés d’été, nous nous revoyons en septembre. L’amélioration persiste trois mois après la fin des séances. Son humeur n’est plus du tout déprimée. Il a pu partir avec sa fiancée dans le Sud chez Daniel et Céline, et dans la famille de son amie en vacances, et s’y sentir bien. Son travail se passe très bien, il est apprécié, on lui confie des travaux plus complexes et on l’a complimenté sur son efficacité. Nous envisageons une reprise à temps plein. Je réévalue, MADRS à 3 rémission complète, IES-R à 2, il n’y a plus de flashbacks ni de tremblements pendant les rapports. Il a pris pour la première fois l’initiative d’un rapport sexuel, alors qu’avant, il subissait sans désirer. Plus tard il va prendre l’initiative de refuser un rapport sexuel quand il ne se sent pas désireux ou prêt. « ça m’a fait drôle ! » Sa compagne est étonnée. Dans la vie quotidienne, il dit qu’il se défend plus, qu’il ne se laisse plus rabaisser comme avant. Je l’incite à poursuivre dans ce sens. Son objectif de thérapie devient traiter sa phobie de l’eau, et apprendre à nager. J’accepte, tout en l’accompagnant sur les autres registres. Nous baissons le SEROPLEX à 15 mg et les tranquillisants pour ne pas avoir de somnolence au volant.

Un mois plus tard il va bien, le temps plein se passe bien, même s’il retrouve ses anciennes tâches aux espaces verts un peu plus dures pour lui. Il projette d’habiter avec sa nouvelle compagne. Nous travaillons en PNL une situation traumatique dans un bateau pneumatique où des amies lui ont maintenu pendant une minute la tête dans l’eau, renforçant sa peur de l’eau, quand il avait une vingtaine d’année. Nous essayons des petits exercices d’exposition où il arrose sa tête sous la douche plus longtemps qu’avant, et aussi d’exposition imaginaire sous ancrage où il rentre dans une piscine jusqu’à la taille pour l’instant. Il a pris contact avec un maître-nageur très doux pour apprendre à nager, mais il ira quand il sera prêt.

 

Cas clinique N°2 : Françoise 17 ans, viol puis agression par exhibitionniste

Françoise est adressée par son médecin généraliste pour un « accès dépressif », consécutif à un viol survenu deux ans plus tôt.

Elle souffre beaucoup, fait des « crises hystériques », s’est coupée de tous ses amis et de son amoureux. Le SEROPLEX* et la Venlafaxine 150mg n’ont eu que peu d’effet. Elle a fait une tentative de psychothérapie au CMP, qui ne l’aurait pas aidée.

Elle présente un état de stress post-traumatique assez sévère, avec des intrusions notamment au moment du coucher, elle a des sortes de « vertiges » qui la gêne à tout moment, malgré un changement de lycée dû à un vécu d’incompréhension vis-à-vis de ses anciens camarades, elle mène une scolarité catastrophique en début de terminale.

Je lui explique la technique de la double-dissociation et lui propose de la soigner. Elle part très réticente et demande à réfléchir. Un mois plus tard son père rappelle pour dire que sa fille veut bien se soigner.

Au rendez-vous suivant, je lui apprends la relaxation de Jacobson, elle rentre assez bien dans l’exercice. Elle est plus détendue et me confie qu’elle a croisé un exhibitionniste récemment, qui lui a fait terriblement peur à l’occasion d’un footing en campagne. La confiance s’installe dans la relation thérapeutique. A la première séance de double-dissociation, nous ancrons comme ressource une journée de rencontre amoureuse où elle a éprouvé de la joie, son visage est souriant et détendu. Nous passons à la projection du film du trauma où elle regarde son double dans la salle de cinéma qui regarde la scène sans la visionner directement. Dès que son visage ébauche un début de tension, j’appuie sur sa main droite où j’ai réalisé un ancrage tactile et je l’invite à ressentir le plaisir de la journée avec K (prénom de son petit ami), aussitôt son visage s’éclaire et se détend à nouveau. Comme la scène du viol s’est déroulée de nuit, je lui suggère que le film sera projeté à l’inverse en lumière très blanche. Nous repassons le film une deuxième fois. Elle semble détendue. Nous finissons la séance par une relaxation selon la méthode de Jacobson, elle est encore plus détendue et assez souriante à la fin de la séance quand elle retrouve son père dans la salle d’attente.

A la deuxième séance de double-dissociation, elle se sent mal avant d’arriver, elle ne sait pas si elle va pouvoir le faire. Nous parlons quelques instants d’une dispute avec son petit ami qui devait passer la voir ce week-end et qui n’a pu se libérer, ce qui l’a déçue et attristée. Je la perçois moins crispée, je lui suggère d’essayer de réaliser la séance pour qu’elle aille mieux. Elle parvient à se détendre et à sourire avec l’ancrage du revécu de la journée de découverte amoureuse avec K. Nous réalisons la même séquence que la fois précédente.

A la troisième séance d’exposition Françoise a le sourire aux lèvres, elle me dit : « Vous savez, mes parents, mon ami K, mes copains de classe, tout le monde trouve que j’ai changé ». Nous commençons la séance par une évaluation. J’observe que l’échelle IES-R a chuté de 51 à 18, la MADRS de 19 à 8. Le sous-scores des intrusions est passé de 16 à 6, celui de l’évitement de 23 à 7, enfin celui de l’hypervigilance de 12 à 5. Elle a retrouvé un sommeil apaisé, sans craindre de se coucher. Nous refaisons une double-dissociation de PNL, puis je lui propose une nouvelle fois un scénario correctif du trauma avec un personnage de super-héros de son choix. Elle regarde de la cabine du projectionniste son double de la salle de cinéma se transformer en héros et rejoindre la scène traumatique sur l’écran en modifiant complètement le déroulement. Elle réalise la scène et affiche un franc sourire de satisfaction. Je lui propose de me raconter. Son double s’est transformé en Hulk, il a frappé sur son violeur, et l’enfonçant dans le sol, et le « ratatinant » puis en lui donnant une forme arrondie de ballon dans lequel il frappe comme pour jouer au football. La mémoire traumatique est sollicitée avec une transformation des émotions surprenante dans la joie. « Vous devez être très en colère contre lui pour que Hulk lui fasse toutes ces choses ».Elle me confie que son viol a été terrible pour elle.  En vacances elle rentrait d’une fête en fin de soirée, quand son agresseur l’a brutalement violée. Elle en veut à la police de ne pas l’avoir retrouvé, et d’avoir abandonné l’enquête au bout de 6 mois, faute d’indices. Nous enchainons avec une première double-dissociation de l’agression avec l’exhibitionniste. Elle parvient à se concentrer pour assister au visionnage de la scène par son double. J’ai besoin à plusieurs reprises de réactiver l’ancrage positif pour éviter qu’elle ne rentre dans des éprouvés douloureux néfaste pour l’efficacité de la dissociation.

A la cinquième séance, Françoise se sentait tellement bien qu’elle a oublié ses antidépresseurs (Venlafaxine) et ressenti des vertiges. Elle évoque avec le sourire, une petite brouille avec son copain. La baisse des scores se confirme IES-R à 8 et MADRS à3.Nous repratiquons une double-dissociation pour le viol, elle est très détendue. Je lui propose un exercice de super-héros. Elle choisit de transformer son double en « ma sorcière bien-aimée ». Grace à ses pouvoirs elle habille son violeur en clown, il est humilié devant plusieurs personnes et s’enfuit en courant. Pendant cette séquence, elle est souriante et radieuse. Nous repratiquons plus confortablement une deuxième double-dissociation, c’est un peu plus dur que celle viol, ce jour-là. Nous procédons à deux passages pour qu’elle ne ressente qu’une angoisse marginale. Je lui propose un exercice de super-héros, également. Elle fait intervenir un arbre qui va emprisonner l’exhibitionniste entre ses branches. Elle s’en va tranquillement, pendant qu’il est bloqué. A la calibration, Françoise est vraiment souriante, faisant devenir un jeu « divertissant », cette vengeance sur un fait qui la faisait « cauchemarder », il y a peu de temps.

A la sixième séance nous ne travaillerons que sur l’exhibitionniste. Elle fera confortablement la double-dissociation. Elle réinventera de la part de son double un scénario de super-héros, elle sera Lucky Luke qui transpercera son agresseur avec ses balles de révolver.

Au cours de la séance de suivi à 3 mois, elle parlera plus de ses difficultés scolaires, du stress pour travailler et préparer le bac. A 6 mois, elle annulera le premier rendez-vous, faisant dire par sa mère qu’elle va bien. Quinze jours plus tard je pourrai échanger avec elle. Elle me dira aller très bien. Ses relations sociales redeviennent source de bien-être et plus d’isolement. Elle a travaillé dans la détente avec deux copines pour préparer le bac. Elle se sent à l’aise pour travailler et a retrouvé confiance et concentration. Elle a pu parler du viol à deux de ses amies, alors qu’avant c’était impossible. Je la sens épanouie. Les échelles vont dans le même sens : IES-R à 2, MADRS à 2. Nous convenons d’arrêter son antidépresseur dans quelques semaines sitôt son Bac passé. Comme, elle se sent bien, et voulait tourner la page,  nous n’organisons pas de suivi, sauf si elle le souhaitait.

 

Cas N° 3. Grace

Est âgée de 24 ans, elle fait un stage d’une année à Rouen, elle consulte parce qu’elle se sent mal. Elle fait de nombreux « vertiges », plusieurs fois par jour. Après des bilans ORL et neurologiques, rien n’a été diagnostiqué et on lui a conseillé de voir un psychiatre.

Elle a bénéficié d’un suivi de 3 mois à raison d’une séance par semaine, avec ce psychiatre-thérapeute, d’une région française éloignée de 800km où habitent sa mère et sa sœur. Une relation de confiance s’est créée avec lui et elle veut poursuivre les soins commencés, mais il ne lui reste que 6 mois à séjourner à Rouen, de plus  entrecoupés par les vacances d’été.

 Elle rapporte que ses troubles ont commencé il y a un an à l’occasion d’un stage aux USA. Elle a fait une grosse dépression. Le psychiatre consulté lui a prescrit un antidépresseur qu’elle n’a pris qu’une semaine, « c’était angoissant de le prendre » dit-elle. Très vite elle évoque de véritables traumatismes survenus entre 8 et 12 ans, 6 ans après le divorce de ses parents, elle est partie vivre avec sa petite sœur de 2 ans plus jeune, sur une île à des milliers de km de sa mère, seules avec leur père. Mon père est un « tortionnaire psychologique » dit-elle. Elle rapporte une scène inouïe de violence où son père battait sauvagement sa petite sœur de 8 ans, puis parce qu’elle pleurait de peur il la battait à son tour. Après ces épisodes pendant 10 ans elle ne pourra plus toucher, ou « faire un câlin » à sa jeune sœur. Elle a en mémoire 3 ou 4 scènes de grande violence de son père à leur égard. Parfois des flash-back diurnes lui font revivre ces moments de terreur. Elle fait souvent des cauchemars sur ces scènes de brutalité. Elle souffre d’un état de stress post-traumatique non surmonté, plus de 12 ans plus tard. Ses rapports présents avec les hommes sont perturbés. Dans sa sexualité elle a besoin d’une dose de sadomasochisme pour éprouver plaisir et excitation. Elle demande aux hommes de lui donner la fessée, et elle-même griffe assez fortement ses amants ensuite. Elle a des comportements de maitrise sadique parfois ,vis-à-vis de garçons, à plus de 2 reprises, quand elle a senti certains garçons très amoureux d’elle, elle s’est arrangée pour sortir avec leur meilleur ami et le leur faire savoir ou qu’ils en soient témoins.

Comme nous parlons de psychanalyse, et de son ancien thérapeute, elle va associer avec un film récent «  A Dangerous Method » qui raconte l’aventure de Jung avec Sabina Spielrein teintée de sadomasochisme, tout en disant que ce film l’effraie. Elle craint comme le personnage de Sabina du film de reproduire la violence père-fille dans sa vie adulte avec les hommes. Je lui dirai qu’il serait peut-être bien qu’elle puisse aussi éprouver de la tendresse vis-à-vis des hommes et qu’elle pourrait aussi avoir du plaisir sans forcément passer par ces jeux.

Elle souffre aussi d’une grande dépendance affective, elle ne supporte pas d’être seule, et il lui est souvent arrivé de dormir avec un homme pour ne pas rester seule. Elle a aussi des comportements boulimiques fréquents et incontrôlables, elle mange la nuit pour s’endormir. Elle s’en culpabilise, et sa mère surveille sa ligne quand elle lui rend visite. Elle décrit sa mère comme dépendante affectivement aussi, ayant choisi plusieurs fois des compagnons agressifs. Elle la ressent comme très angoissée et angoissante. Néanmoins, quand elle se sent mal elle a de toute urgence besoin de lui parler.

Elle a tenté de parler à son père quand elle est devenue grande  de ces violences, il les a niées ou banalisées. Depuis « j’ai fait le deuil de mon père », elle n’a plus de contacts avec lui et pense mieux se protéger ainsi.

A la deuxième consultation un mois plus tard, elle rapporte un cauchemar, où elle est obligée de retourner rejoindre son père, sur l’île où elle a vécu de 8 à 12 ans avec lui. Il y a aussi une scène du film évoqué à la séance précédente où un père frappe un enfant avec une ceinture. Elle rajoute : « il n’y a que la mort qui peut me sortir de ces situations-là. »

Etant donné le côté prégnant des traumas d’enfance et vu mon expérience du traitement des états de stress post-traumatiques par une double-exposition, je vais lui proposer après trois rencontres de traiter la scène traumatique la plus violente entre son père sa sœur et elle. Je pensais que même en quelques mois de suivi, je pouvais la soulager de manière utile.

Nous commençons par une séance de visualisation de la scène traumatique. Pour atténuer les angoisses, nous pratiquons un ancrage tactile. Elle revit une scène agréable et protectrice émotionnellement, et quand elle la ressent fortement le thérapeute touche sa main, puis garde contact avec sa main pendant l’exposition pour accompagner et apaiser. Grace choisit « câlin du matin » un souvenir d’enfance où elle rentre dans le lit de sa mère avec sa sœur et se blottit contre sa poitrine et son épaule, avec un sourire de bien-être. Puis je lui propose de visualiser la scène traumatique de son enfance, sur un écran, alors qu’elle est à distance dans la cabine du projectionniste d’une salle de cinéma. Elle a quelques mimiques de souffrance pendant l’exercice, j’active l’ancre, je lui demande de se remettre en contact avec « câlin du matin » dans ces moment-là. Elle repasse ensuite le film en noir et blanc, avec une image plus petite sur l’écran pour atténuer encore l’émotion. Puis une troisième fois en accéléré, jusqu’à ce que le film soit très supportable, et que son visage ne trahisse plus de souffrance. Nous échangeons pour dire à quel point ces moments ont été horribles à vivre pour une jeune fille de 10ans. Je lui propose de finir par une séance de relaxation (méthode de Jacobson) qu’elle apprécie particulièrement.

A la deuxième séance d’exposition, elle me dit combien les deux jours qui ont suivi la séance ont été pénibles, elle a refait le cauchemar de la scène, a eu quelques vertiges, mais depuis elle se sent mieux. Elle refait un exercice de PNL identique, à la première fois un peu plus facilement. Puis je lui propose d’écrire sur une feuille le récit de son trauma. Voici ce qu’elle écrit :

« Je suis à table avec Valérie (prénom de sa petite sœur) et papa, j’ai un œuf au plat dans mon assiette. Je n’ai pas faim comme d’habitude. Maman m’a envoyé voir le médecin, elle a pleuré quand je me suis déshabillée, elle me trouve trop maigre. Alors je me force à manger. C’est dur de manger j’ai peur constamment face à lui. Valérie n’est pas bien elle a encore dû se faire engueuler à cause des devoirs.

 *(j’avais tout le temps peur qu’elle se rebelle, je  voulais la faire taire mais je ne pouvais que l’appuyer, elle tenait tête pour deux. Moi qui étais incapable d’ouvrir la bouche et de la protéger.)

Elle semble mettre un point d’honneur à se rebeller et ne voulait pas travailler à l’école.

** (Je m’en voulais tellement de ne pas pouvoir la protéger.)

Nous sommes à table et la bouteille de Sprite est trop lourde pour ses petites mains d’enfant de 7 ans.

Elle se sert un premier verre qu’elle renverse sur la table car ses mains tremblent trop à cause de la peur ou du poids de la bouteille. Elle se fait pourrir .S’énerver aussi fortement pour un verre de Sprite, je n’ai jamais compris mais je m’y attendais. J’ai l’habitude de ses réactions disproportionnées et imprévisibles c’est pour cela que vis constamment dans la peur.

Elle se ressert un 2ème verre qu’elle refait tomber de nouveau cette fois c’est trop pour lui, il lui balance son poing dans la figure.

Son sang coule et il se sent mal à l’aise. Peut-être une lueur de prise de conscience ? Comme pour se justifier il dit « tu vois ! C’est bien fait pour toi ! » il se ressaisit, prend rapidement de la glace  dans le congélateur et lui applique. Il la frappe et il la soigne, ça me semble étrange .Elle pleure alors je pleure alors je pleure car je pleure car je ne peux rien faire. Depuis ce jour je ne peux plus la voir pleurer, pour rien. Je suis dans l’incapacité totale de la prendre dans mes bras dès qu’elle pleure. C’est beaucoup trop d’émotion pour moi alors je me suis coupée d’elle par manque de courage. Il me voit pleurer, ça le fait chier que je sois faible. Déjà qu’il arrête pas de me dire que « je suis bien comme ma mère ! »Je lui ressemble tellement depuis ma naissance ça aussi ça le fait chier. »

Grace est très émue elle interrompt son récit, je lui dis que c’est elle qui décide. Elle me lit son récit à voix haute, c’est bouleversant et révoltant à entendre. Nous partageons autour de cette violence et de cette souffrance d’enfant. C’est là qu’elle rajoute 2 commentaires sur la peur et sa culpabilité que je lui propose de rajouter sous forme d’astérisque pour mieux les entendre et les retravailler, peut-être aussi s’en libérer. Elle les écrit alors, même si pour la clarté du récit ,ils sont présentés au milieu du texte.

Nous finissons par une séance de relaxation qu’elle apprécie après la séance très éprouvante. Sur le divan, un peu comme un « câlin du matin », un peu tendre.

La troisième séance d’exposition, elle m’avoue qu’elle n’avait pas envie de venir mais qu’elle le doit, elle sait que cela lui fait du bien. Mais là aussi elle a refait le cauchemar de la scène et eu des vertiges. Par contre, elle a revu sa mère et sa sœur et elle a pu parler à Valérie qui n’avait pas un point de vue aussi traumatique de cette scène qu’elle. Elle a pu aussi se rapprocher physiquement de sa sœur et pleurer devant elle. Sa mère l’a encouragée à poursuivre ses séances de thérapie, « moi je n’en ai pas eu le courage » Grace, lui en veut de se pas s’être faite mieux aider pour l’accompagner mieux. Nous refaisons la séance de PNL, où je lui propose d’aller sur l’écran réconforter la petite Grace. Elle ne peut pas, par contre elle suggèrera, de la prendre avec elle et de l’amener sous la protection de sa mère et de sa grand-mère. Les émotions sont encore trop fortes pour les ré-introjecter autrement. Le clivage permis par le double-dissociation de PNL l’aide, à revisiter la scène authentiquement.

Elle reprend l’écriture du récit du trauma où elle l’avait laissé :

« Il est déterminé à m’apprendre ce que c’est d’être fort. Il s’approche et se met à me traiter, il parle fort me dit que c’est les faibles qui pleurent et me donne des coups de poings dans le ventre et continue de me dire qu’il faut être fort. Mon oncle aussi ne supporte pas que je pleure et me dit que je suis une faible. Pourquoi personne ne m’autorise à pleurer ? Je ne le fais même pas devant ma mère pour ne pas la choquer. Alors j’ai pris l’habitude de faire un sourire gêné et de taire mes larmes.

***(Un jour j’ai peur de devenir comme lui et de ne plus pouvoir me contrôler dans la violence.)

Depuis cette épisode je saigne du nez parfois la nuit. Il se lève chaque fois pour me soigner. On s’assoit alors sur la marche de l’entrée dans la nuit et on attend que ça s’arrête de couler. »

En lisant ce récit elle parle de sa peur de la violence des cris, de la colère. Un jour un oncle a crié et donné une petite tape sur la couche de son enfant, Grace était angoissée. Elle a peur de ne pas se maitriser aussi :

****Elle rajoute un astérisque en disant qu’elle ne se maitrise pas toujours, elle écrit « (Pas toujours pourtant car lorsque Paul m’a quitté mon poing est parti dans sa figure. C’est un reflex que j’ai appris de mon père.) » 

Elle est très émue au bord des larmes en parlant de cette peur de la violence associée à sa propre impulsivité parfois. Elle dit que si elle a des enfants elle ne pourra ni leur crier sa colère, ni supporter qu’on les frappe d’aucune manière.

Nous finissons par une séance de relaxation.

La séance suivante, nous commençons par une séance  de PNL la même que précédemment. Au moment de lire le récit du trauma qui était fini pour elle, elle me dit qu’elle n’en a pas envie. « C’est dur et éprouvant à relire ?» «Oui. D’ailleurs je commence à avoir mal à la tête et un début de vertige qui vient » « J’ai l’impression que si j’insiste, je vais faire comme votre père avec les scènes de violence à table. Nous ne sommes pas obligés, Nous avons parlé de cela, si nécessaire nous pourrons y revenir. »

Alors elle me parle de sa vie présente, elle a eu une aventure avec un jeune homme militaire de passage, et elle n’a pas eu besoin de fessée ou de violence pour avoir du plaisir, elle a aimé la douceur de leur rapprochement.

Au fil des rendez-vous suivants, les séances ressemblent à des séances de thérapie plus classique, où Grace parle de ses problèmes et questions présentes en faisant des liens parfois avec le passé. Les sensations de vertiges s’espacent, son humeur me semble meilleure. Elle évoque une relation avec un garçon originaire du Moyen-Orient qui lui a déjà fait la cour il y a 6 ans. Il est venu spécialement à Rouen pour la voir, elle en est flattée et un peu sécurisée de le connaitre et de voir qu’il ne la fuit pas malgré ses comportements méchants et agressifs parfois. Elle est sortie avec son meilleur ami. Elle ira un week-End le voir amoureusement là où il étudie. Mais quand il viendra la voir à son tour un week-end chez sa mère elle s’écartera et maintiendra une distance avec lui. Comme si elle n’était pas prête à s’attacher de sitôt.

Nous parlons aussi de la séparation des vacances d’été pour la thérapie qu’elle avouera appréhender. Nous fixerons des rendez-vous fin-Août et début septembre. Mais elle ne sait pas où elle ira l’an prochain travailler, ses études et son stage sont finis. Je lui dis «  qu’avec moi ou sans moi il serait bon qu’elle continue une thérapie pour elle qui pourra durer un certain temps » Elle est d’accord même si elle avoue qu’elle a peur de quelque chose de trop long (vu l’étendue de ses problèmes et souffrances).

Il me semble qu’un travail de double-exposition PNL et écriture-lecture du récit du trauma a significativement soulagé les angoisses, allégé fortement les séquelles de l’état de stress post-traumatique de cette patiente, que cela a contribué à lui donner confiance dans une thérapie plus approfondie peut-être nécessaire pour ses problèmes complexes. Comme des consultations thérapeutiques spécifiques avec un cadre taillé sur mesure, centrées sur le trauma , suivies d’entretiens plus classiques permettant un travail de questionnement et d’élaboration progressive s’appuyant sur une bonne alliance thérapeutique favorisée par la courage nécessaire au couple patiente-thérapeute à visiter intimement le trauma ensemble à en éprouver de la souffrance ensemble.

Suivi après les vacances d’été :

Elle commence la séance par une question : « Qu’est-ce que vous m’avez fait ? Je vais bien, j’ai pu aller en Californie sans éprouver de vertiges dans l’aéroport. J’avais bien pris conscience du rapport entre ce voyage en avion et les voyages où j’allais rejoindre mon père en avion aussi.. J’ai juste éprouvé une vague peur quand il y a eu quelques turbulences dans l’avion. »

Elle dit que son séjour a été exaltant. Elle m’annonce qu’elle a décidé de changer d’orientation professionnelle et veut préparer un CAP de mécanique, en alternance. « Je suis passionnée par les voitures de collection. Je possède une Austin de 1989, mon année de naissance »Elle m’annonce aussi qu’elle retourne dans le sud à la fin du mois de septembre, mais elle veut profiter de me voir un maximum de séances avant son départ. Nous convenons de nous voir toutes les semaines d’ici-là. Elle décrit un conflit très tendu avec sa mère, avec laquelle elle souhaite couper le cordon.

Je lui dis qu’à certains moments elle ressent sa mère comme protectrice et tendre, comme dans l’ancrage de PNL  que nous avions réalisé « câlins du matin » avec sa maman, qu’à d’autres elle la perçoit comme toxique et craint une dépendance et une influence néfaste pour elle.

 Elle rapporte un incident entre sa mère, son nouveau beau-père et elle. Sa mère a attisé une histoire d’assiette non rangée au lave-vaisselle et de lit non fait dans sa chambre au point de déclencher une colère énorme du beau-père, très obsessionnel semble-t-il. Elle s’est réfugiée chez son grand-père paternel pour échapper au conflit.

Nous nous interrogeons sur ce qu’elle a besoin de travailler en thérapie. Elle dit ne plus avoir de vertiges, d’angoisses, éprouver un certain bien-être.

J’évoque son impulsivité avec les hommes.

Grace : « J’ai rencontré un homme de trente ans que j’ai vu cinq fois, en cherchant un stage de mécanique. Mais je n’ai pas été avide, j’ai pris le temps d’échanger des mails, des coups de téléphone. J’y suis allé doucement, je l’ai embrassé après cinq rencontres. Je n’ai pas couché avec lui tout de suite j’ai pris le temps. Je peux vivre sans ma mère. »

Thérapeute : « Et sans moi. »  Grace : « Oui c’est vrai. »

Nous échangeons sur le thème des identifications à son père ou à sa mère.J’évoque qu’elle ne veut plus ressembler à sa mère qu’elle trouve trop fragile et choisit un métier plutôt masculin, qu’elle a même demandé à faire un stage au garage Audi, qui est la marque préférée de son père. J’ajoute : « Il ne faut pas être une mauviette, pour être mécanicien et tourner une clé. »

Grace : « Oui je veux couper le cordon avec ma mère et ne pas ressembler à ces côtés faibles, fragiles de ma mère. Je suis restée un mois aux USA sans donner de nouvelles à ma mère, je me sentais bien, soulagée de ses angoisses à elle, qu’elle m’envoie souvent. Je la revois ce week-end, pour déménager des affaires dans le sud, sans son mari. »

 

 

Deuxième séance après la reprise :

Grace : « Je me sens bien, je n’ai pas de vertiges ou d’angoisses depuis dix jours. Mon problème seul problème c’est ma mère. Elle m’envoie de tonnes de SMS tous les jours. Je lui avais demandé d’avoir des contacts avec moi juste une à deux fois par semaine. Je fais des efforts pour répondre, mais je ne la supporte plus. Ecoutez ce qu’elle m’a écrit après que je sois resté deux jours sans répondre ; « Est-ce que tu m’aimes ? »Elle fait cela comme une petite fille. »

Thérapeute : « Le côté petite fille abandonnée, c’est peut-être ce que vous ressentiez quand vous étiez sans protection avec votre sœur à X. (Territoire éloigné où elle séjournait avec son père à plus de sept mille kilomètres de la France). »

Grace : «  Oui justement, mais j’avais dix ans pas cinquante ans. Elle ne m’a pas protégée de beaucoup de choses, et je lui en veux d’être aussi faible et d’aller aussi mal. En ce moment je préfère m’en sortir seule, qu’aider ma mère, elle m’énerve trop. »

Dernière séance :

Grace : « C’est dur, j’ai pas envie d’arrêter de vous voir.Je dors mal depuis quelques jours, je mets du temps à m’endormir…Avec ma mère c’est mieux elle se calme car j’arrive bientôt dans le sud. »

Dans le contre-transfert, je me sens inquiet et culpabilisé de devoir cesser prématurément cette thérapie dynamique, soutenante et ayant permis l’expression de grosses blessures.

Grace : « Elle m’a demandé d’aller vivre chez elle ,j’ai carrément refusé, je préfère aller chez mon grand-père avec qui c’est mieux. J’ai tenu bon. »

Thérapeute : « Comme pour votre projet professionnel. »

Grace : « Oui, je fais peut-être une grosse connerie, comme une ado de quinze ans en m’opposant à elle. »

Thérapeute : « Vous croyez ? »

Grace : « J »’aime beaucoup la mécanique, j’ai envie d’essayer. J’ai peur là-bas d’aller mal. Je n’ai plus tellement besoin d’aller dans le sud. Au début je ne me plaisais pas tellement à Rouen, il pleut tout le temps. Maintenant je m’y sens bien. Le week-end je vais aux expos aux spectacles. Et puis il y a vous… »

Thérapeute : « Je trouve cela difficile d’arrêter la thérapie assez vite, j’aurais souhaité vous accompagner plus longtemps. Je suis peut-être un peu inquiet, comment vont se passer les mois prochains ? »

Grace a les larmes aux yeux, puis se met à pleurer.

Grace : « Voyez, je suis faible. Je suis tout de suite dans l’excès, comme si je ne pouvais pas maitriser mes émotions. » (Prend un mouchoir et essuie ses larmes.)

Thérapeute : « C’est émouvant pour tous les deux de parler de cette séparation. Pourquoi dites-vous tout de suite que vous vous trouvez faible ? Vous avez le droit d’éprouver des émotions tout de même. »

Grace : « Je crois que j’ai peur des déménagements, des changements. »

Thérapeute : « Comme quand vous partiez à X. »

Grace : « Oui, ou avec ma mère j’ai déménagé dix-huit fois. »

Thérapeute : « Quand elle changeait d’homme ou de vie. » (Silence ;)

Grace : « J’ai peur de ne pas m’en sortir dans la vie, d’être trop fragile, d’être dans le tout ou rien, avec les hommes et pour le reste aussi. »

Thérapeute : «  Vous voudriez être forte et parfaite comme votre père vous l’a inculqué ? » (Silence de deux minutes, je la sens triste et je me sens triste aussi.)

Thérapeute : « Je crois que j’ai l’impression d’être une mauvaise maman Guinard, un mauvais papa Guinard qui vous laisse partir au loin sans protection. »(Evocation du trauma)

Grace :(Tristesse et larmes aux yeux, suivies d’un sourire de partage) « J’ai peur de ne pas pouvoir me protéger seule dans la vie, de craquer pour un rien…De ne pas pouvoir empêcher les mauvaises choses d’arriver. »

Thérapeute : «  Comme quand votre père vous frappait vous et votre sœur . »

Grace : « Oui, je n’a rien fait, je me suis tue. On s’est plainte, il y a eu une enquête qui n’a rien donné. Puis quand j’ai eu douze ans on nous a écoutées et je suis retournée avec ma mère. Je me sens nulle pour faire face à la vie, je voudrais me débrouiller, ne pas avoir peur, ne pas avoir de vertiges ni d’angoisses. »

Thérapeute : « Vous mettez la barre haute, comme quand vous étiez petite fille et que vous vous reprochiez de ne pas protéger votre sœur des coups de votre père. »

Grace : « Peut-être, d’ailleurs les séances avec vous ont bien aidé, depuis je peux être complice et prendre ma sœur dans mes bras. Mais là ,je me sens trop faible pour m’en sortir. J’aurais besoin de continuer à vous voir »

Thérapeute : « Si vous pensez que vous devez continuer une thérapie vous pouvez contacter un thérapeute, d’ailleurs cela c’était bien passé avec ce collègue avant de venir à Rouen. »

Grace : « Oui, mais c’est dur de partir comme ça maintenant. »

Thérapeute : « Vous pourriez m’envoyer une lettre ou un mail, pour me dire comment vous allez comment cela se passe pour vous. »

Grace : «  Oui, j’aimerais bien faire cela. Je vais aussi appeler un psy dès que je serai arrivée, cela sera une de mes priorités. (Puis évoque la rupture avec un amoureux originaire du Moyen-Orient)Il voulait que je m’engage avec lui, c’était trop rapide trop passionné pour moi, je lui ai dit. Après il m’a attaqué en disant qu’il savait que j’étais folle. et que ça se terminerait comme la première fois. »

Thérapeute : «  Tout à l’heure, vous avez eu peur d’être folle en pleurant, comme si pleurer était une perte de contrôle terrible comme la folie… le contraire de la force. »

Grace : « Oui, c’est vrai. Il savait bien que c’était mon point faible. et que cela me blesserait. »

Nous parlons du besoin de relations contenantes autour d’elle, que c’est naturel pas un signe de faiblesse forcément.

Grace : «  C’est quoi contenante ? »

Thérapeute : «  Apaisante, qui aide à penser les émotions trop fortes ; »

Grace : «  Comme quand ici je vous parle de quelque chose, vous me posez des questions  sur un détail, et je comprends d’où mon malaise vient, et parfois, je me sens triste. »

La fin de la séance est arrivée depuis 10 minutes, 55 au lieu de 45.

Grace : «  Vous avez une carte à me donner avec votre adresse et e-mail que je puisse vous écrire ? »

Thérapeute : «  Je vous souhaite une bonne route pour la suite de votre vie. »

Grace : «  Vous aussi. »

(Grace a un regard un peu évitant en partant et me serrant la main, trop d’émotion, je suppose.)

Le lendemain je reçois un courriel, de la part de Grace, intitulé, Je ne l’attendais plus : un rêve cette nuit :

«  Bonjour Docteur Guinard,

Il est un peu tôt pour vous écrire mais j’ai fait un rêve cette nuit, et je pensais que cela pourrait vous intéresser. Cela faisait longtemps que je n’avais pas rêvé c’est tout en un au niveau des angoisses.

Le rêve : Je venais de subir une opération de la mâchoire et je suivais ma meilleure amie dans un hôpital (Elle est infirmière dans la vraie vie).Il fallait qu’elle me donne un médicament pour mon mal de ventre afin de compléter ceux que j’avais pris précédemment mais elle faisait quelque chose d’illégal en ma le donnant. On prenait un risque, il fallait faire vite et se cacher.

Deux jeunes nous abordent sur le chemin, ils sont agressifs car nous ne répondons pas à leurs avances. Je ne peux pas répondre, je suis au téléphone, ils nous suivent en parlant fort. Nous arrivons dans un supermarché, ma sœur était là aussi, elle a l’âge qu’elle a aujourd’hui, elle nous suit, je dois faire attention de ne pas la perdre dans le magasin de peur qu’elle ne retrouve pas le chemin de la maison.

En même temps je suis au téléphone avec ma mère. Elle m’annonce qu’il y a un problème avec mes diplômes ils ne sont pas valables. Je dois décider tout de suite de mon avenir pour le reste de ma vie.

Je suis devant de grandes portes blanches, toujours dans le supermarché, ma sœur est toujours là, je veille, elle ne me semble pas heureuse.

Je prends un filet de colin congelé pour le mettre sur ma mâchoire pour faire réduire l’hématome de mon opération, je suis toujours au téléphone, assise sur un tas de sac de charbon et les deux jeunes continuent de nous agresser. Ma meilleure amie essaie de les calmer mais elle est trop douce. Elle m’annonce que le médicament n’est plus disponible.

Je me réveille avec l’impression d’avoir trop mangé, comme barbouillée.

Voilà

Je vous souhaite une bonne journée.

Merci Grace D. »

Je réponds à son message :

« Il me semble que ce rêve que vous me racontez c’est aussi le souhait que nous puissions avoir plus de temps pour s’occuper de vous. Que pouvons-nous dire de vos angoisses ou de vos désirs dans ce rêve ? L’opération de la mâchoire (il faut parler pour soigner le trauma), cela peut évoquer vos blessures dans le passé avec votre père et le colin congelé c’est peut-être ce que nous avons fait, travail sur vos traumas. Votre amie infirmière cela peut aussi être votre thérapeute… Si nous écrivions trop en dehors des séances cela peut être illégal, hors cadre comme le médicament du rêve.

Pourquoi ne pas parler de ce rêve au thérapeute que vous allez prochainement rencontrer ? »

Remarque, ce rêve est bien différent des cauchemars présents dans l’état de stress post-traumatique qu’a décrit Freud, que faisait Grace au début de sa thérapie. Nous pouvons constater une sortie de la répétition traumatique et une reprise des capacités de représentation.

Un mois plus tard comme nous l’avions convenu, je lui demande par courriel de ses nouvelles, et si elle a rencontré un thérapeute.

Elle me répond : « Bonjour Docteur, J’ai bien compris que votre réponse de la dernière était dans mon intérêt pour que je ne crée pas une dépendance  avec vous. Je vais bien la plupart du temps et j’ai repris contact avec mon ancien thérapeute que j’ai revu deux fois pour le moment. Je poursuis mes études en mécanique et cela me plait beaucoup, je me sens plus à ma place. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi, je continuerai à vous donner de mes nouvelles si cela vous convient. »

A bientôt

Grace D. »

 

 

 

 

 

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